Freiner le recours aux grèves en milieu professionnel tchadien
Le dialogue social est le carburant qui fait tourner la machine des organisations publiques et privées. De sa traduction ou non dans les faits dépend, en grande partie, la qualité du travail accompli dans le milieu professionnel. Aussi le Conseil économique, social et culturel (CESC) du Tchad l’a-t-il inscrit au centre de sa première session de l’année 2017.
En choisissant d’axer les travaux de sa session ordinaire de février 2017 sur le thème : « comment développer la culture du dialogue social au Tchad ? », le Conseil Economique, Social et Culturel s’est chargé d’une tâche ardue. Celle d’identifier des voies et moyens à mettre en œuvre afin de favoriser un ancrage du dialogue dans les relations socioprofessionnelles pour la gestion des conflits. Le Conseil économique appréhende, en fait, le dialogue social de la même manière que l’Organisation Internationale du Travail. C’est-à-dire comme « tous types de négociation, de consultation ou d’échange d’informations entre les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs selon des modalités diverses, sur des questions relatives à la politique économique et sociale, présentant un intérêt commun. »
L’intérêt porté à cette question, pour le moins pertinente dans l’espace tchadien, est partagé par bien des acteurs au niveau national. La preuve est qu’à l’ouverture de la session du Conseil économique, le 6 février 2017, la salle des conférences internationales du Palais du 15 janvier était pleine comme un œuf. En plus du ministre de l’Administration du territoire et de la gouvernance locale, Bachar Ali Souleymane, qui a représenté le Premier ministre, Chef du gouvernement, des présidents des grandes institutions de la République, des chefs de départements ministériels, députés, membres du corps diplomatique, autorités politiques, militaires et traditionnelles, ainsi que des représentants de la société civile, du patronat et du monde des arts et de la culture, ont pris part à la cérémonie.
Le président du Conseil économique, social et culturel, Abderamane Mouctar Mahamat, a saisi cette occasion pour préciser que « par le choix de ce thème, le Conseil entend apporter sa contribution à l’instauration d’un climat social apaisé dans le monde du travail au Tchad. » En effet, le contexte tchadien est caractérisé par de récurrents débrayages des travailleurs du public comme du privé, notamment ceux des sociétés pétrolières, dont les revenus sont affectés par des reformes initiées pour juguler la crise financière.
« Il faut analyser les dispositifs existants »
Le pouvoir exécutif ayant pris la mesure de l’importance du dialogue social, le gouvernement a opté, dès le mois d’août 2016, de faire de sa promotion une prérogative à part entière au ministère en charge de l’Emploi. Néanmoins, d’après Abderamane Mouctar Mahamat, il est indispensable « de cultiver et de promouvoir l’esprit d’ouverture et d’acceptation du dialogue social. » De ce fait, il faut « analyser les forces et les faiblesses des dispositifs existants de prévention et de gestion des conflits, les faits déclencheurs des conflits socioprofessionnels, en vue de proposer des stratégies permettant de minimiser leurs impacts sur les lieux du travail. » Ce à quoi devait s’astreindre la session du Conseil économique, social et culturel du 6 au 20 février 2017. A terme, comme l’a déclaré son président, « le Conseil économique entend assister les parties concernées à éviter le recours systématique aux grèves ou aux tribunaux pour la résolution des conflits. »
A noter que le Conseil économique, social et culturel est une assemblée constitutionnelle consultative représentant les principales activités économiques, sociales et culturelles du pays. Il est créé en 2006 suite à la révision de la Constitution de la République en 2005. De par son statut d’instrument de coordination des associations de la société civile organisée, il joue un rôle de conseiller des pouvoir exécutif et législatif d’une part, et de cadre de regroupement de plusieurs corporations, d’autre part. Avant le thème portant sur le dialogue social retenu pour la session ordinaire de février 2017, l’institution a déjà analysé d’autres sujets d’actualité comme l’emploi des jeunes, le changement climatique, la corruption, le système éducatif ou l’exode rural.

